Et si Louis et Zélie Martin avaient connu Vatican II

Mgr Habert Photo PYE1

Conférence de Mgr Jacques Habert 

14 juillet 2012 pour la fête des Bx Louis et Zélie

Alençon 

Le titre de cette conférence est volontairement un peu provoquant : « et si Louis et Zélie MARTIN avaient connu Vatican II ».

Nous l’avons choisi pour honorer à la fois :

La fête que nous célébrons aujourd’hui : l’anniversaire de leur mariage.

Le futur anniversaire du 50° anniversaire de l’ouverture de Vatican II.

Il ne s’agit pas de faire un exposé théologique ou historique sur le concile mais de voir comment les textes conciliaires sont en résonnance avec la vie de Louis et Zélie MARTIN. Comment finalement ils l’annoncent et le mettent par avance en application.

C’est en réalité une façon de les présenter à travers le concile, et de recevoir chacun une invitation à la réflexion en cette journée de pèlerinage qui est un temps favorable.

Alors, finalement, si Louis et Zélie MARTIN étaient nés après 1965, qu’est-ce que cela aurait changés à leur vie ?

Notons que la question pourrait être posée dans l’autre sens, et si Louis et Zélie MARTIN n’avaient pas existé est-ce que cela aurait changé quelque chose à Vatican II ?

Ou encore : ont-ils apporté quelque chose à Vatican II ?

On peut tourner la question dans tous les sens car ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il y a un rapport profond entre le magistère, la théologie, (ici l’apport d’un concile) et la sainteté du peuple de Dieu.

Un concile est à la fois un guide donné aux chrétiens pour avancer. Jean Paul II parlait au sujet du concile d’une boussole fiable. L’expression va être souvent reprise dans les mois qui viennent.

Et en même temps la vie des saints influence le magistère.

Certes Louis et Zélie MARTIN n’étaient pas encore béatifiés quand le concile s’est déroulé, ils l'ont été le 19 octobre 2008. Mais bien avant le concile la perspective de leur béatification avait été ouverte.

Ainsi, peut-être le mode de sainteté qu’ils ont vécu a-t-il permis aux pères conciliaires de promouvoir tel ou tel aspect du magistère de l’Eglise.

Pour parler de cette question il n’est pas possible de reprendre tout le concile, cela demanderait des heures de conférences.

De plus, sur les 16 documents du concile, il n’y a en a aucun qui parle exclusivement de la question du mariage ou de la famille.

Nous savons en revanche que dans la foulée de Vatican II un texte important sera publié par Jean Paul II au début de son pontificat, l’exhortation apostolique familiaris consortio.

En 1981 soit une quinzaine d’année après le concile

Mais nous savons surtout que le concile sera accompagné (en 2002) d’un catéchisme, le C.E.C., qui se veut comme la prolongation du concile en des termes plus accessibles, et dans ce C.E.C. la question du mariage et de la famille est explicitement abordée et développée.

Je voudrai m’arrêter sur 4 points :

1) La sainteté. 2) Le mariage. 3) La famille. 4) L’éducation.

 

Dans chacun de ces 4 paragraphes il y aura deux parties :

Ce que dit le Concile. / Ce qu’ont vécu Louis et Zélie MARTIN.

 

§ 1 La sainteté.

Ici je vous propose d’aller surtout voir dans un des textes majeurs du concile : la constitution Lumen Gentium.

C’est le premier document du concile, il compte 8 chapitres, il se présente comme un grand exposé sur ce qu’est l’Eglise catholique.

Dans le chapitre 5, qui est un des chapitres les plus importants de tout le concile lui-même, on trouve cette grande invitation : l’appel universel à la sainteté.

Pour résumer on peut dire que le concile adresse aux catholiques, quelle que soit leur situation, et leur vocation particulière, un immense appel à la sainteté.

En soit cela n’est pas nouveau, le fondement est dans la bible, ancien comme nouveau testament.

« Soyez Saints comme je suis saint » dit Dieu dans l’AT (Lévitique 19, 2) ;

Jésus dira : « soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ». Mat 5, 48.

Mais il faut reconnaître qu’à certaines périodes de la vie de l’Eglise la sainteté pouvaient apparaître  en quelque sorte réservée aux consacrés : prêtres, religieux, religieuses.

Le concile rappelle que c’est une exigence qui s’adresse à tous.

Ici il ne faut pas durcir les choses, comme nous le demande Benoît XVI, avant Vatican II il y a eu des saints qui n’étaient pas des consacrés : Saint Louis, sainte Monique, saint Dominique Savio … Un saint François de Sales en avait aussi parlé dans l’introduction à la vie dévote. Or nous le verrons Louis et Zélie MARTIN appréciait beaucoup St François de Sales.

Mais il y a là un des axes important de Vatican II.

Regardons ce que le concile dit de la sainteté et comment cela s’applique à la vie de Louis et Zélie MARIN.

Nous sommes donc au chapitre V : La vocation universelle à la sainteté dans l’Église

Le texte part d’un constat : l’Église est aux yeux de la foi sainte.

Cette sainteté trouve son fondement dans le Christ : il a aimé l’Église comme son épouse, il s’est livré pour elle afin de la sanctifier (cf. Ep 5, 25-26), il se l’est unie comme son Corps et l’a comblée du don de l’Esprit Saint pour la gloire de Dieu.

C’est la fameuse image de Saint Paul : le Christ est la tête et l’Eglise le corps.

De ce constat découle une exigence pour tous les membres de l’Eglise : Qu’ils appartiennent à la hiérarchie ou qu’ils soient régis par elle, tous sont appelés à la sainteté.

Cette sainteté est de fait la véritable hiérarchie dans l’Eglise.

Le concile précise : cette sainteté contribue à promouvoir plus d’humanité dans les conditions d’existence. Les fidèles doivent s’appliquer de toutes leurs forces, dans la mesure du don du Christ, à obtenir cette perfection.

À travers les formes diverses de vie et les charges différentes, il n’y a qu’une seule sainteté cultivée par tous ceux que conduit l’Esprit de Dieu. Chacun doit inlassablement avancer, selon ses propres dons et fonctions. (On pourrait ici citer la parabole des talents).

 

La sainteté des époux MARTIN.

On peut dire d’emblée que la sainteté fait partie de leur projet de vie.

Sainte Thérèse le dira elle-même : « Le bon Dieu m’a donné un père et une mère plus dignes du Ciel que de la terre. »

Un jour, Zélie Martin écrira à ses filles Marie et Pauline : « Je veux devenir une sainte, ce ne sera pas facile il y a bien à bûcher et le bois est dur comme une pierre. Il eût mieux valu m'y prendre plus tôt, pendant que c'était moins difficile, mais enfin « mieux vaut tard que jamais ».

Louis et Zélie ont compris que la sainteté n'était pas autre chose que la vie chrétienne prise au sérieux, l'expérience croyante qu'on laisse se déployer dans toute son existence.

Le secret de leur vie chrétienne a tenu en trois mots : « Dieu premier servi ».

Ce qui est marquant c’est que cette sainteté, ils l’ont cherché l’un et l’autre dès leur jeunesse.

Louis en pensant être appelé à la vie monastique, d’où ces deux séjours au Grand Saint Bernard pour devenir moine.

Zélie dans son désir de vie religieuse, chez les filles de la charité.

Peut-être étaient-ils justement dans cette perspective que pour être saint il faut être religieux ou consacré.

Ce qui est remarquable c’est que lorsqu’ils comprennent l’un et l’autre qu’ils ne sont pas appelés à une vocation spécifique, ils ont continuent à mener leur vie chrétienne dans un grand désir de faire la volonté de Dieu et surtout sans se décourager.

Ils éprouvent ici la vertu de persévérance.

Aussi, lorsqu’ils se croisent sur le pont de la rencontre, en avril 1858, ce ne sont pas deux personnes désabusées ou découragées ; mais deux chrétiens qui veulent faire la volonté du Seigneur. Ils comprennent progressivement que cette sainteté ils vont être invités à la vivre dans le sacrement du mariage.

Avant de regarder le sacrement du mariage en lui-même regardons juste quelques éléments de  leur vie spirituelle. On pourrait dire ici beaucoup de choses.

Leur vie chrétienne sera marquée par une pratique très assidue à l’eucharistie : (V. II).

-           Sauf exception Louis et Zélie vont à la messe tous les jours à 5h30.

Quand madame Martin sera morte Louis continuera à Lisieux de pratiquer tous les jours. Quand ses filles lui demanderont pourquoi il va à la messe de 6h00, il répondra : « parce que c’est la messe des pauvres et des ouvriers ».

-           Ils pratiquent aussi l’adoration eucharistique, une dévotion que l’on relançait dans bien des paroisses. Louis adhèrera à la société du saint sacrement qui mettait en place des adorations nocturnes une fois par mois.

Pour Louis : on sait aussi qu’il refusera toujours de travailler le dimanche, précisément pour respecter le repos dominical. C’était pourtant une pratique assez habituelle et que l’Eglise essayait de combattre.

Un siècle auparavant le curé d’Ars le fit la même chose lorsqu’il arrivera dans son village d’Ars juste après la révolution française. Un siècle après Jean Paul II écrira le magnifique texte : Dies Domini. (lettre apostolique de 1998).

Cette sainteté Zélie la vivra à la fin de sa vie par la manière où elle va vivre en même temps :

Un ardent désir de guérison, qu’elle portera dans son pèlerinage à Lourdes quelques mois avant sa mort.

Un abandon confiant à la volonté de Dieu jusqu’à la mort dans de grandes souffrances physiques.

Louis aussi jusqu’à la fin de sa vie attestera de la sainteté de sa vie, le 12 février 1889, alors que le médecin décide de l'interner à l'asile du Bon-Sauveur, à Caen. (Il y restera trois ans) il étonne le personnel par sa gentillesse et sa docilité pendant ses moments de lucidité. Il accepte la situation avec courage et résignation : « Je sais pourquoi le bon Dieu m'a donné cette épreuve : je n'avais jamais eu d'humiliation pendant ma vie, il m'en fallait une ».

Voilà ces quelques éléments rapides sur la vie spirituelle, la sainteté au quotidien de Louis et Zélie MARTIN.

§ 2 : le mariage.

C’est donc le chemin qu’ils vont suivre tous les deux.

Voyons d’abord ce qu’en dit le Concile Vatican II.

Ici il faut se tourner vers l’autre constitution n’est pas dogmatique mais pastorale. Gaudium et Spes.

C’est-à-dire qu’elle aborde la question de la situation de l’Eglise dans le monde de ce temps.

Nous sommes dans la deuxième partie du texte où le concile veut étudier ce qu’il appelle quelques problèmes plus urgents.

Autrement dit, dans la situation du monde au début des années 60, quels sont pour l’Eglise les problèmes, les questions particulièrement urgentes qui affectent le genre humain.

Le concile en dégage 6, et le premier est justement le mariage et la famille.

Le mariage et la famille dans le monde d’aujourd’hui : le concile fait comme un état des lieux.

D’abord positif, c’était le parti pris de Jean XXIII.

La santé de la personne et de la société tant humaine que chrétienne est étroitement liée à la prospérité de la communauté conjugale et familiale. Aussi les chrétiens, en union avec tous ceux qui font grand cas de cette communauté, se réjouissent-ils sincèrement des soutiens divers qui font grandir aujourd’hui parmi les hommes l’estime de cette communauté d’amour et le respect de la vie, et qui aident les époux et les parents dans leur éminente mission

Mais le constat est aussi réaliste, s’il y a un parti pris de bienveillance, ce n’est pas pour tomber dans la naïveté : 

La dignité de cette institution ne brille pourtant pas partout du même éclat puisqu’elle est ternie par la polygamie, l’épidémie du divorce, l’amour soi-disant libre, ou d’autres déformations. De plus, l’amour conjugal est trop souvent profané par l’égoïsme, l’hédonisme et par des pratiques illicites entravant la génération.

Grande lucidité du texte à une époque où la situation était plus sereine qu’aujourd’hui.

Les causes de cette crise sont nombreuses ; le concile en évoque quelques-unes :

Les conditions économiques, socio-psychologiques et civiles d’aujourd’hui introduisent dans la famille de graves perturbations.

Et de conclure : le Concile se propose d’éclairer et d’encourager les chrétiens, ainsi que tous ceux qui s’efforcent de sauvegarder et la dignité et la valeur de l’état de mariage.

Le concile considère ici le mariage sous ses deux aspects :

-           l’aspect naturel, civil.

-           L’aspect sacramentel.

Il veut soutenir l’un et l’autre. Souvenons lors de la mise en place du PACS l’Eglise défendait l’institution du mariage civil car elle le considère comme un bien pour la société.

Après l’état des lieux, le concile expose sa doctrine.

Ici les paroles sont très fortes et très graves.

En vue du bien des époux, des enfants et aussi de la société, ce lien sacré échappe à la fantaisie de l’homme. Car Dieu lui-même est l’auteur du mariage tout cela est d’une extrême importance pour la continuité du genre humain, pour le progrès personnel et le sort éternel de chacun des membres de la famille, pour la dignité, la stabilité, la paix et la prospérité de la famille et de la société humaine tout entière.

Quelle est la sainteté du mariage selon Vatican II ?

Le texte parle d’une communauté profonde de vie et d’amour que forme le couple ; elle est établie sur l’alliance des conjoints, c’est-à-dire sur leur consentement personnel irrévocable.

Rappel ici du caractère essentiel de l’échange des consentements.

 

Ensuite le Concile insiste sur 3 aspects dans cette sainteté dans le mariage :

1. La place centrale du Christ.  

Le Sauveur des hommes, Époux de l’Église, vient à la rencontre des époux chrétiens par le sacrement de mariage. Il continue de demeurer avec eux pour que les époux, par leur don mutuel, puissent s’aimer dans une fidélité perpétuelle, comme lui-même a aimé l’Église et s’est livré pour elle.

2. L’importance du sacrement.

C’est pourquoi les époux chrétiens, pour accomplir dignement les devoirs de leur état, sont fortifiés et comme consacrés par un sacrement spécial.

En accomplissant leur mission conjugale et familiale avec la force de ce sacrement - pénétrés de l’Esprit du Christ qui imprègne toute leur vie de foi, d’espérance et de charité - ils parviennent à leur perfection personnelle et à leur sanctification mutuelle.

3. L’amour conjugal (le couple en lui-même).

Cet amour, par un don spécial le Seigneur a daigné le guérir, le parfaire et l’élever. Associant l’humain et le divin, un tel amour conduit les époux à un don libre et mutuel.

Le mot don est ici employé et il est de fait la structure même de la vie chrétienne.

 

Le sacrement du mariage pour louis et Zélie.

Ils vont donc progressivement comprendre que c’est le chemin que le Seigneur leur propose pour vivre leur idéal de sainteté.

Lorsque Zélie comprend qu’elle ne peut entrer chez les filles de la charité elle a cette prière : « Mon Dieu puisque je ne suis pas digne d’être votre épouse comme ma sœur, j’entrerai dans l’état de mariage pour accomplir votre volonté sainte. Alors je vous en prie, donnez-moi beaucoup d’enfant et qu’ils vous soient tous consacrés ».

Lorsqu’ils se croisent pour la première fois sur le pont de la rencontre en avril 1858, Zélie a cette voix intérieure qui lui murmure : « c’est celui-là que j’ai préparé pour toi ».

On voit par ces deux expressions qu’ils vont recevoir le sacrement comme un appel du Seigneur, ils vont se recevoir l’un de l’autre comme celui que le Seigneur met sur sa route pour grandir vers la sainteté.

Leur vie conjugale va être parsemée de signe de tendresse, d’amitié, de délicatesse, de soutien mutuel.

Ils ont l’un et l’autre des tempéraments assez différents, mais ils vont les vivre dans une grande complémentarité.

Zélie qui est d’un tempérament assez vif et impétueux ne cesse de louer la bonté paisible de Louis : « C'est un saint homme que mon mari, j'en désire un pareil à toutes les femmes ».

On cite souvent cette lettre écrite par Louis qui signe ainsi : « ton mari et vrai ami, qui t’aime pour la vie ».

Ou cette lettre de Zélie à Louis alors qu’elle est partie en voyage familial à Lisieux : (p 140).

Attention car dans ce domaine il y a une tentation qui serait celle de l’idéalisation.

On pourrait faire défiler le portrait d’une famille idéale dans laquelle il n’y avait aucun problème, aucune difficulté, aucune tension.

La famille Martin a souffert de cette caricature bienveillante et mièvre.

Car c’est en fait le contraire qui nous est montré. La béatification de Louis et Zélie MARTIN est un geste prophétique car il montre que la sainteté est accessible à tous, y compris aux personnes fragiles et ordinaires dans la réalité du mariage.

Les fragilités elles existent, y compris sur le plan mental pour Louis.

Mais leur vie est aussi assez ordinaire :

-           tous les deux courent après le temps dans leur vie à Alençon.

-           tous les deux connaissent des joies et des peines ordinaires.

-           Ils connaissent l’épreuve de la maladie : Cancer du sein pour Zélie.

On reviendra tout à l’heure sur les questions autour de l’éducation de leurs enfants.

Ce qui fait la sainteté des Matin ce ne sont pas les événements de leur vie, mais la façon dont ils les vivent.

Leur vie commune, vécue uniquement à Alençon, est un témoignage de sainteté qui se suffit à lui-même. L’exemplarité des époux Martin tient en un mot : l’unité.

Cette unité, ils ont su la bâtir entre leur vie spirituelle, familiale et sociale. En cela, ils peuvent éclairer les familles d’aujourd’hui, à l’heure où nous avons tendance à fractionner nos vies.

Regardons maintenant ce qui est bien sûr le fondement même du sacrement du mariage : la constitution d’une famille.

 

§3 : La famille.

C’est une insistance très profonde du concile. On trouve une multitude de passages sur le caractère essentiel, fondamental de la structure familiale.

J’indique bien sûr en introduction que le catéchisme n’oublie pas pour autant les époux qui n’ont pas d’enfants. Ils peuvent avoir une vie conjugale pleine de sens, humainement et chrétiennement. Leur mariage peut rayonner d’une réelle fécondité.

Dans cette famille, la place des enfants est bien évidemment centrale. Membres vivants de la famille, les enfants concourent, à leur manière, à la sanctification des parents. Ils répondront aux bienfaits de leurs parents et ils les assisteront dans les difficultés de l’existence et dans la solitude de la vieillesse. Alors, la famille chrétienne, sera image et participation de l’alliance d’amour qui unit le Christ et l’Église.

Les enfants sont en effet le signe premier de la fécondité du mariage.

Le mariage et l’amour conjugal sont d’eux-mêmes ordonnés à la procréation et à l’éducation. Les enfants sont le don le plus excellent du mariage. Dieu a voulu donner une participation dans son œuvre créatrice ; aussi a-t-il béni l’homme et la femme, disant : « Soyez féconds et multipliez-vous ».

Je ne fais pas ici plus de citation mais elles pourraient se multiplier.

Regardons tout de suite cette famille MARTIN, et il faut bien le reconnaître, ici quelque chose peut nous troubler lorsqu’on pense à leur première approche du mariage.

Nous savons qu’ils vont décider juste au début de leur vie commune de vivre dans une vie de continence parfaite.

Nous sommes ici devant une question difficile et qui pourrait même nous apparaitre comme inquiétante. Vous imaginez bien que tout cela a fait l’objet de bien des études et commentaires à l’occasion de leur béatification.

C’est ici qu’il faut faire preuve de discernement et de prendre un recul historique.

L’Eglise au XIX° siècle avait un regard suspicieux sur la sexualité, la rencontre des corps était souvent appelé : le devoir conjugal. On peut dire que l’un et l’autre était aussi marqué par un certain jansénisme qui va leur faire prendre cette décision. Elle sera surtout la marque pour Louis d’un grand respect envers Zélie qui était démunie face à cette question de la sexualité.

Il faudra le conseil d’un confesseur pour qu’ils renoncent à ce projet.

A partir de ce conseil les choses vont évoluer dans un sens totalement différent.  

Ils le disent eux-mêmes : « Quand nous avons eu nos enfants, nos idées ont eu peu changé ; nous ne vivions plus que pour eux, c’était tout notre bonheur, et nous ne l’avons jamais trouvé qu’en eux ».

Zélie se dévoue pour ses filles : « Moi j'aime les enfants à la folie. J'étais née pour en avoir, mais il sera bientôt temps que cela finisse ».

Donc, à partir de mai 1859 la vie commune de Louis et Zélie sa s’orienter différemment : ils vont devenir parents. En treize ans, de 1860 à 1873 ils vont avoir 9 enfants, 4 mourront en bas âge.

Ces 4 décès seront source de grande souffrance pour les parents, même si ils les vivent dans une espérance chrétienne remarquable, et dans un contexte d’une mortalité infantile très fréquente : « c’est un grand bien d’avoir des petits anges au ciel, mais il n’en est pas moins pénible pour la nature de les perdre, ce sont là les grandes peines de notre vie ».

 

§ 4 : l’éducation des enfants.

Un texte conciliaire va aborder directement cette question, il s’agit d’un texte qui est moins connu, c’est une simple déclaration : gravissimum educationis.

Là aussi commençons par voir ce que dit le concile.

Juste avant de regarder cette déclaration, une simple phrase de la constitution Gaudium et Spes : Dans le devoir qui leur incombe de transmettre la vie et d’être des éducateurs (ce qu’il faut considérer comme leur mission propre), les époux savent qu’ils sont les coopérateurs de l’amour du Dieu Créateur.

Le texte commence par un rappel sur l’importance de l’éducation :

L’extrême importance de l’éducation dans la vie de l’homme et son influence toujours croissante sur le développement de la société moderne sont pour le Concile l’objet d’une réflexion attentive. En vérité, les conditions d’existence d’aujourd’hui rendent à la fois plus aisées et plus urgentes la formation des jeunes.  .

L’Eglise a donc un rôle à jouer dans le progrès et le développement de l’éducation. C’est pourquoi le Concile proclame certains principes fondamentaux. J’en dégage 3:

1) Il faut aider les enfants à développer leurs aptitudes physiques, morales, intellectuelles, à acquérir graduellement un sens plus aigu de leur responsabilité, dans l’effort soutenu pour bien conduire leur vie personnelle et la conquête de la vraie liberté, en surmontant courageusement et généreusement tous les obstacles. 

2) Devenus créatures nouvelles, tous les chrétiens ont droit à une éducation chrétienne. Que les baptisés deviennent chaque jour plus conscients de ce don de la foi qu’ils ont reçu, apprennent à adorer Dieu le Père en esprit et en vérité avant tout dans l’action liturgique, soient transformés de façon à mener leur vie personnelle selon l’homme nouveau dans la justice et la sainteté de la vérité et qu’ainsi ils apportent leur contribution à la croissance du Corps mystique.

Une fois posée ces deux objectifs, le concile rappelle avec force c’est le 3° principe :

3) Les parents ont la très grave obligation de les élever et, à ce titre, doivent être reconnus comme leurs premiers et principaux éducateurs. Le rôle éducatif des parents est d’une telle importance que, en cas de défaillance de leur part, il peut difficilement être suppléé. C’est aux parents de créer une atmosphère familiale, animée par l’amour et le respect envers Dieu et les hommes. La famille est la première école des vertus sociales nécessaires à toute société. Mais c’est surtout dans la famille chrétienne que dès leur plus jeune âge les enfants doivent apprendre à découvrir Dieu et à l’honorer ainsi qu’à aimer le prochain ; c’est là qu’ils font la première expérience de l’Église et de l’authentique vie humaine en société.  

Quand on considère la vie de Louis et Zélie en tant que parents on voit qu’ils vont prendre très au sérieux leur tâche d’éducateurs. Une fois mariés et parents leur priorité sera l’éducation de leurs enfants. Si Zélie, femme active et énergique, tient incontestablement une place prépondérante dans le couple, cela n’empêche pas Louis de tenir toute sa place. 

« C’est un travail si doux de s’occuper de ses enfants » écrira Zélie.

Ils veulent les éduquer pour le ciel, non pas par un quelconque mépris du monde, mais parce que telle est bien notre destinée finale.

Une des premières choses que les parents communiqueront à leurs enfants c’est l’esprit de prière.

Cette initiation à la prière passe par la célébration des sacrements, la lecture de la vie des saints … l’éveil à une relation vivante et personnelle avec le Seigneur.

Ce que Thérèse traduira enfant par cette expression : « faire plaisir à Jésus ».

Dans ce domaine de l’éducation,  il y a une dimension que Louis et Zélie ne vont pas ménager, c’est l’éducation à la charité.

Ils ne se contentent pas d’être pieux, spirituels et pratiquants. Mais cette foi vivante se traduit par une réelle vie de charité et de générosité. C’est tout un pan de la vie et de Louis MARTIN sur lequel on pourrait aussi longuement insister.

On peut dire qu’ils mettent en pratique la parole de l’apôtre Jacques : la foi sans les œuvres est une foi vaine.

•          Louis fait partie du cercle Vital Romet à divers œuvres catholiques qui favorisent les actions caritatives. Comme les conférences st Vincent de Paul fondées par Ozanam visité de familles pauvres.

Mais leur charité ils la mettent réellement en œuvre dans leur vie de tous les jours. On cite souvent en exemple la rencontre avec un sans-abri rencontré par Louis et Zélie en 1876 au retour de la messe. Ils vont s’occuper de lui, lui donner à manger et ultimement le conduire à l’hospice.

Zélie n’est pas en reste, elle assume elle aussi ses engagements sociaux dans l’Eglise. La façon dont elle se comporte avec ses ouvrières est aussi très révélatrices de sa foi.

On ne peut qu’imaginer combien cette façon de vivre ont été pour les enfants une véritable école de charité, l’apprentissage d’une ouverture aux plus démunis. Des modèles en actes et en vérité de la parole du Seigneur : « aimez-vous les uns les autres ».

Quand Thérèse explique qu’elle entre au Carmel afin de sauver les âmes et surtout de prier pour les prêtres, on voit que sa motivation est certes mystique, mais dans un souci d’intercession et de compassion très marqué.

La marque la plus importante lorsqu’on parle de l’éducation des enfants chez Louis et Zélie MARTIN c’est la façon dont ils ont accompagnés leurs filles vers leur vocation particulière.

C’est une réflexion très importante et inépuisable.

Un grand principe sera celui de la liberté. Sous une double compréhension :

liberté au sens de ne pas imposer telle ou telle voie,

et liberté au sens d’accepter le choix de leurs filles sans retour sur soi.

Il faut ici reconnaître que leur palmarès est exceptionnel.

A la limite on aurait bien aimé qu’une des filles se marie cela aurait renforcé l’idée qu’ils furent exemplaire dans leur vie conjugal.

Toujours est-il que sur les 5 filles, elles furent toutes religieuses :

-           Marie : en religion sœur Marie du Sacré-Cœur, carmélite Lisieux.

-           Pauline : en religion mère Agnès de Jésus, carmélite à Lisieux.

-           Léonie : en religion sœur Françoise-Thérèse, visitandine à Caen.

-           Céline : en religion sœur Geneviève de la Sainte-Face, carmélite à Lisieux.

-           Thérèse : carmélite à Lisieux, canonisée en 1925.

Il est évident que c’est le climat familial qui a été un terreau favorable dans lequel ces vocations ont pu d’épanouir.

La pratique dominicale.

La prière en famille.

L’amour de l’Eglise, telle qu’elle est.

Une vie intérieure toujours en éveil. 

Il serait trop long ici de tout décrire car chacune de ces 5 vocations est unique et particulière.

Un mot pour dire que l’accompagnement de la vocation de Léonie fut compliqué, à l’image de son éducation.

En ce qui concerne la vocation de Thérèse, c’est uniquement Louis qui en sera le témoin.

On peut dire à ce sujet que joie et souffrance sont mélangées dans son cœur.

Le 2 juin 1887, jour de la Pentecôte, après avoir prié toute la journée, Thérèse présente sa requête à son père. Louis objecte la jeunesse de sa fille, qui n'a pas encore quinze ans, mais il se laisse vite convaincre. Il ajoute que Dieu lui fait «un grand honneur de lui demander ainsi ses enfants ».

9 avril 1888, c'est le jour du départ ; devant la porte, Louis bénit sa fille en pleurant. Le carmel de Lisieux abrite désormais trois de ses filles : Marie, Pauline et Thérèse.

Le lendemain, il écrit à des amis : « Ma Petite Reine est entrée hier au Carmel. Dieu seul peut exiger un tel sacrifice, mais il m'aide si puissamment qu'au milieu de mes larmes, mon cœur surabonde de joie ».

On voit qu’on pourrait à ce sujet dire bien d’autres choses.

 

Quelles conclusions faire à partir de cet exposé.

Quelle exemplarité ? Quels appels pouvons-nous entendre ? J’en retiens trois.

Une certitude : celle que Dieu conduit notre vie quelle que soit les épreuves les obscurités, les nuits que nous pouvons traverser.

La vie de louis et Zélie MARTIN ne fut pas un long fleuve tranquille, c’est au cœur même de ces épreuves, de ces bouleversements, mais aussi de ses joies toutes simples et quotidiennes que le Seigneur les a conduit sur un chemin de perfection.

Recevoir leur béatification et peut-être demain la canonisation comme un signe pour aujourd’hui, un appel à tout faire pour promouvoir dans le monde contemporain le modèle familial.

C’est une dimension que le concile préconisait déjà d’une manière un peu prophétique il y a cinquante ans. Etant donné la fragilité de la société dans ses convictions sur la famille, il faut se redire combien, c’est au sein de la famille que les parents sont par la parole et par l’exemple pour leurs enfants les premiers témoins de la foi. C’est ici que s’exerce de façon privilégiée le sacerdoce baptismal des parents, des enfants, de tous les membres de la famille.

Le foyer est ainsi la première école de vie chrétienne et une école d’enrichissement humain (GS 52, § 1). C’est ici que l’on apprend l’endurance et la joie du travail, l’amour fraternel, le pardon généreux, même réitéré.

L’enjeu n’est pas seulement interne à la vie de l’Eglise : La famille est la cellule originelle de la vie sociale. Elle est la société naturelle où l’homme et la femme sont appelés au don de soi. L’autorité, la stabilité et la vie de relations au sein de la famille constituent les fondements de la liberté, de la sécurité, de la fraternité au sein de la société.  

 

En fin troisième appel : comprendre sa vie chrétienne dans une insertion forte dans le mystère même de l’Eglise.

Ma vie chrétienne ne peut se comprendre sans appartenance à l’Eglise, l’Eglise telle qu’elle est et non telle que je la rêve.

J’ai besoin de l’Eglise

L’Eglise a besoin de moi.

L’exemple de Sainte Thérèse est ici lumineux elle est la patronne des missions.

L’intimité de sa relation à Dieu a porté et porte dans l’Eglise un fruit considérable, elle demeure pour les chrétiens d’aujourd’hui et pour toute l’Eglise un soutien exceptionnel.

Pour conclure je dirai :

Qu’est-ce qu’une vie chrétienne ? C’est une vie donnée.

Les vies de Louis et Zélie ont été des vies données :

Données à Dieu

Données l’un à l’autres

 Données à leur enfant

Données à l’Eglise et à la société de leur temps.

Qu’ils nous aident sur le chemin du Dieu où le Seigneur nous attend tous. 

 

Jacques Habert+

Evêque de Séez

 

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